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Terre d'Humus

* 03sept09 : engrais verts ... et BRF PDF Imprimer Envoyer

Parmi les techniques permettant de cultiver la terre naturellement et d'en tirer le meilleur rapport, il y a les engrais verts, ces plantes que le jardinier cultive non pour la récolte, mais pour améliorer la fertilité de son sol et la stabilité de son environnement cultivé.

Les engrais verts en résumé


Semé pour occuper les planches du jardin laissées libres, en général en fin d'été, à l'automne ou en fin d'hiver, l'engrais vert (nommé également couvert végétal) va occuper le terrain, entretenir voir améliorer le capital de fertilité du sol en attendant les cultures suivantes : le moment venu, il sera détruit pour laisser la place à nos légumes favoris. Les plus connus des engrais verts au jardin sont la moutarde, la phacélie, le mélange seigle/vesce. Dans cet article, découvrez en détail leurs vertus, leur mode d'emploi et toute leur diversité.

 

Les bénéfices des engrais verts



Semé en fin d’été, l'engrais vert (nommé également couvert végétal) va se développer au cours de l’hiver pour être détruit au printemps, afin de laisser place à la culture suivante.

L’intérêt de l’engrais vert se situe à plusieurs niveaux :


1. Protection du sol

En effet, le feuillage du couvert va protéger le sol de l’impact des gouttes de pluies, évitant l’érosion pluviale et éolienne. En hiver, le feuillage offre également une protection thermique.

2. Limitation du développement des mauvaises herbes

En se développant, ls engrais verts vont concurrencer les herbes spontanées (dites mauvaises), limitant ainsi les travaux d’élimination.

3. Aération du sol grâce aux racines

On ne s’intéresse jamais trop à ce qui se passe sous terre. Les racines de l’engrais vert vont explorer le volume du sol, et donc le travailler, l’aérer.

4. Rétention des éléments minéraux du sol

À l’automne, les conditions de douceur et d’humidité sont favorables à la minéralisation de la matière organique. Dans le cas d’un sol nu, les minéraux libérés par ce processus sont lessivés, partent dans les profondeurs du sol et sont perdus pour les cultures suivantes : le sol s’appauvrit.
La culture de l’engrais vert permet d’éviter ces fuites de minéraux en les recyclant dans la plante.
On entrevoit ici l’intérêt d’un mélange d’engrais verts : chaque plante ayant des besoins spécifiques, un mélange varié d’engrais verts augmente nos chances de retenir un maximum de minéraux.

5.  Augmentation du nombre d'organismes vivants (biodiversité)

À chaque plante est associée une cohorte d’organismes, certains utiles, d’autres indésirables. (Ici sur la photo, coccinelle sur trèfle incarnat : j'ai observé sur plusieurs semaines la présence de cette espèce de coccinelle : 3 individus sur 1 m2 de trèfle).

trefle-inc-coccinelle2.jpg

 

Plus les plantes seront variées, plus large sera la palette des organismes présents, et plus il est raisonnable d’espérer une régulation des bestioles nuisibles et des maladies.
Par exemple, les racines des plantes secrètent des sucres (exsudats racinaires), qui alimentent des bactéries vivant en symbiose avec les racines. Ainsi, le maintien en permanence de racines dans le sol permet d’alimenter le troupeau des organismes utiles jusqu’au printemps, période à laquelle nous avons besoin d’eux pour stimuler les racines de nos plantes cultivées.

 

 

 

 

 

6. Du casse-croûte pour les lombrics et pour le sol

La présence d’engrais verts permet enfin de fournir de la nourriture à nos chers vers de terre, qui, ne l’oublions pas, se nourrissent de matière fraîche, et comme nous, s’ils ne trouvent pas à manger sur place, ils meurent ou déménagent !



Les différentes familles d’engrais verts


Quels engrais verts ? Faisons donc maintenant plus ample connaissance avec les différentes plantes capables de jouer le rôle d’engrais vert et ce que l’on peut attendre d’elles.
Légumineuses, graminées, crucifères sont les principales familles botaniques employées, mais il y en a d’autres. Regardons ceci de plus près.

1. Les légumineuses

La famille des légumineuses comprend quelques plantes potagères bien connues, comme le petit pois, les haricots et les fèves. D’autres sont utilisées comme plantes fourragères : luzerne ou trèfles, par exemple.

trefle-incarnat-ko.jpg

 

L’intérêt de cette famille botanique provient d’une caractéristique qu’elle est seule à posséder : celle de fixer l’azote de l’air (l’azote étant le principal constituant de l’air que nous respirons). Plus précisément, c’est une association symbiotique entre les racines des légumineuses et un type de bactérie vivant libre dans le sol, le rhizobium, qui va permettre le piégeage de l’azote de l’air (N2) et sa transformation en ammoniac (NH3), puis en ion ammonium (NH4+). Cet azote minéral est utilisé par la plante pour la formation de ses graines, riches en protéines.

Le mécanisme de mise en place de cette symbiose mériterait un petit article, tant celui-ci est passionnant.

 

 

Ci-dessous : photos de nodosités, ces renflements sur les racines des légumineuses, là où se trouve l'usine à azote.

A gauche, superbe système racinaire de la minette, (luzerne lupuline) , une "mauvaise" herbe de mon jardin, à qui je laisse toute la place qu'elle veut bien prendre. Aération du sol et fixation de l'azote, deux services que me rend la minette... mauvaise herbe ??? Les mauvaises herbes, ces engrais verts du Bon Dieu, a dit Joseph POUSSET.

A droite , gros plan sur une nodosité de féverole, que j'ai semée. La couleur pourpre sur la nodosité à droite du pouce indique que la symbiose productrice d'azote fonctionne.

nodosites-minette.jpg

 

 

 

 

nodosites-feverole.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Si toute la plante est laissée au sol, une bonne partie de l’azote sera restituée pour les cultures suivantes. Mais si la plante est récoltée, seul ¼ à 1/3 de l’azote synthétisé sera mis à disposition du sol et des récoltes suivantes, le reste étant exporté dans les graines principalement.

Les légumineuses sont donc des alliés indispensables pour l’enrichissement du sol en azote, élément souvent limitant des rendements. Sauf en précédent pois, haricots, etc., mettez au minimum une légumineuse dans votre mélange de couvert.


Voici quelques légumineuses utilisables sous nos climats comme engrais verts : vesce commune et vesce velue, féverole, pois fourrager, gesse, fénugrec, les lupins, les trèfles : trèfle blanc, trèfle incarnat, trèfle d’Alexandrie.
Elles sont assez longues à s’implanter, elles expriment tout leur potentiel au bout de 5 mois de culture, ils faut donc les semer le plus tôt possible en fin d’été et arroser en période sèche.
La féverole d’hiver et la vesce peuvent cependant être semées jusqu’en novembre.

Laissons les légumineuses (ou fabacées) pour nous pencher sur les crucifères.

 

2. Les crucifères

Les crucifères sont ainsi nommées car leurs fleurs sont dotées de 4 pétales en forme de croix.
On compte dans cette famille des légumes familiers (radis, navets, choux).
L'atout de cette famille est double : elles sont de culture et d’implantation assez facile, couvrent rapidement le sol, et par ailleurs possèdent pour la plupart une racine pivot qui va pénétrer profondément, aérant le sol et remontant les éléments nutritifs.
En terres lourdes et argileuses, l’emploi de navette, de radis fourrager ou de radis chinois va contribuer à évacuer le trop plein d’eau à l’automne par transpiration et à perforer les couches compactes grâce à leur puissante racine pivot.
Parmi les crucifères conseillées : moutarde blanche, navette fourragère, radis chinois, radis fourrager, colza.


Attention : ne pas abuser des crucifères, notamment en sol pauvre. En effet, cette famille de plantes aurait une action dépressive sur la mycorhization. Cette association bénéfique pour les plantes entre leurs racines et les champignons du sol (myco = champignons, rhize = racine) permet à la plante grâce à l'extraordinaire réseau filamenteux (mycélium) d'avoir un accès plus large à des ressources en eau et en minéraux (phosphore notamment).

Ici comme ailleurs, tout est affaire d'équilibre. La règle de modération s'impose : les crucifères : soit pas tous les ans, soit en mélange, ce qui est toujours mieux (biodiversité = source d'équilibre).

 

3. Les graminées
avoine.jpg
Les céréales (seigle, triticale, avoine- photo ci-dessous) sont des graminées, dont l’intérêt est d’être dotées d’un système racinaire dense et puissant.

La structuration du sol est très intéressante. Leur croissance est assez rapide.

Comme les crucifères, en 2 à 3 mois, la masse végétale produite et le racinaire développé donnent déjà des effets positifs.


Le seigle, le triticale et l'avoine peuvent être semés jusque  début novembre, pour les planches qui se libèrent tardivement. Associer une légumineuse à la céréales amènera de l'azote pour les cultures à suivre.

 

 

 

4. Autres plantes

Le sarrasin n’appartient pas à la famille des graminées, mais s’utilise dans la même logique.
Ajoutons également la phacélie, le lin, le tournesol.

5. Les mélanges, appelés parfois Biomax

Nous l’avons évoqué plus haut, les mélanges sont tout à fait recommandés, car on bénéficie de racines qui vont explorer des horizons différents, et de systèmes aériens qui pareillement vont se compléter : ainsi, nous augmentons nos chances de couper l’herbe sous le pied des adventices (nom donné aux herbes indésirables).
Et nous proposons également de cette manière gîte et couvert à un maximum d'auxilaires des cultures (coccinelles, bourdons, syrphes, ...)


La transition engrais vert – culture

Vous avez fait votre choix, vous avez semé en été ou en automne. Arrive le printemps, que faire avec cet engrais vert ?
Il faut le détruire avant maturation des graines, sinon les graines risquent de se ressemer.

Certaines plantes comme le sarrasin et le fénugrec sont gélifs. Une gelée, et la plante est détruite. D’autres sont plus ou moins sensibles au gel : c’est le cas de la phacélie et de la moutarde (-8°C). La navette gèle à -15°C , avoine, triticale et seigle résistent encore en dessous.

Pour la destruction, quatre variantes sont possibles :

•    Choix N°1 : la méthode classique : s’il n’est pas déjà gelé, l’engrais vert est coupé (tondeuse, faucille, sécateur) 6 à 8 semaines avant la mise en culture, donc en général en février ou mars. Trois semaines plus tard, il peut être incorporé au sol par un léger griffage superficiel. Ce griffage superficiel est l'occasion de supprimer les repousses. 3 semaines plus tard, on sème et on plante. L'inconvénient de cette méthode est que les engrais verts n'ont pas atteint leur stade de maturité, celui de la floraison, ce qui revient à ne recevoir qu'une fraction de leur intérêt

•    Choix N°2 : faites comme précédemment, mais sans incorporation des pailles : tout est laissé en surface. Les semis se feront en écartant sur la ligne la couche de résidus, en creusant le sillon, en le recouvrant de terre, puis de résidus. L'avantage est que l'on évite les 3 semaines d'attente qui suivent l'incorporation. Le sol n'est pratiquement pas travaillé, ce qui est un énorme atout. L'adaptation de cette façon de faire en sol argileux reste à vérifier. En terre légère ou franche, ça se passe bien.

•    Choix N°3, le choix le plus délicat à maîtriser, mais le plus prometteur. On écrase le couvert  végétal plus tardivement, en avril ou mai, après avoir juste auparavant semé juste avant une pluie et à travers l’épaisse masse végétale. Ou encore, on écrase le couvert d'abord, et pour semer, on forme le sillon après avoir écarté la couche de résidus frais. Cette technique est encore expérimentale en jardinage. Elle est appelée « semis direct sous couvert végétal » et ce n’est pas de l’agriculture-fiction ! Elle est utilisée notamment au Brésil, aux USA, et maintenant en France de plus en plus. La destruction des couverts est assurée en grande culture bio avec des rouleaux et avec désherbant en culture conventionnelle. Cette technique de semis direct sous couvert demande un certain savoir-faire et un certain apprentissage. Ses avantages : on récupère un maximum de biomasse, on limite au maximum les mauvaises herbes et le sol n’est dérangé que sur la ligne de semis.

Le choix N°3 est celui qui est le plus aléatoire, car l'expérience est en train de se construire, mais incontestablement le plus prometteur, le plus élégant et le plus amusant. Mes premiers essais ne se sont pas avérés concluants.

•    Choix N°4 : on scalpe le couvert végétal avec une binette ou une houe, on retire les résidus, les quelques herbes indésirables. Si la terre est meuble et humide, on sème en travaillant uniquement la ligne de semis, SANS BÊCHAGE, SANS MOTOCULTEUR, SANS GRELINETTE. Les résidus sont remis sur le sol pour les plantations et les grosses graines (pois, haricots, maïs, tomates). Pour les petites graines (carottes, salades, ...) il est prudent de ne pas recouvrir de résidus, qui sont utilisés en paillage ailleurs. Voir en photo la technique pas à pas ici : http://www.terredhumus.fr/content/view/92/19/.

Si la terre est dure, attendre une semaine avant de semer et laisser les résidus en paillage.

 

Et voici pour le semis direct sous couvert végétal quelques liens à voir :

http://www.agriculture-de-conservation.com/Steve-Groff-une-strategie-de.html
http://newfarm.rodaleinstitute.org/depts/notill/roller_gallery/index.shtml
http://aupetitcolibri.free.fr/NOTRE_PROJET/PHOTO_VIDEOTHEQUE/img_theque/PrototypeRouleauEcraseurHerbes.jpg


Des revers à la médaille ?

Ce serait mentir par omission que de ne pas mentionner que la culture d’engrais vert ne va pas sans quelques inconvénients ou tout le moins quelques précautions à prendre.

Le premier d’entre eux, et non le moindre : les limaces. Le couvert végétal va protéger le sol du froid, préservant les limaces du gel, d'autant plus que le sol ne sera pas travaillé. Et les résidus végétaux laissés au sol ou enfouis au printemps leur fourniront une nourriture abondante. Attention donc ! Mais certaines sources signalent qu'il n'y a pas plus de dégâts limaces qu'avec les techniques traditionnelles. En effet, l'épais couvert végétal fournirait largement de quoi occuper les limaces pendant quelques semaines.


Deuxième inconvénient possible : les repousses. Une fois fauchées, certaines plantes auront tendance à repousser, et ce n’est pas ce qu’on leur demande ! Le risque est faible avec la moutarde, nul avec sarrasin et fénugrec. Vesce et luzerne auront plus tendance à repousser.


Troisième point à surveiller : si le mélange est trop riche en paille, donc si le couvert est détruit tard et s'il est riche en graminée, il y a risque de faim d'azote.

Dernier inconvénient, notamment pénalisant en sols lourds et argileux : la masse végétale peut retarder le réchauffement du sol au printemps si elle est maintenue en place et si le couvert et détruit trop tôt.

Dans le cas des sols lourds, en plus de la précaution de procéder par essai, plusieurs possibilités complémentaires :

1. faucher et enlever les résidus, les mettre dans une zone où elles ne gêneront pas (paillage des petits fruits par exemple), mais on perd une partie du bénéfice des engrais verts (apport de casse croûte pour les vers de terre)

2. un léger travail du sol (binage, griffage) en surface et sur la ligne de semis (largeur d'une main) permettra de réchauffer et d'aérer le sol.

3. laisser les couverts "travailler" le plus possible, pour évacuer le trop plein d'eau du sol lourd. Les détruire donc le plus tard possible , juste avant que les engrais verts fassent graine. Des essais sont à faire pour caler les dates de semis d'engrais verts avec les dates de semis des cultures.

 

Le tandem Engrais verts - BRF

BRF, engrais verts et non-travail du sol, c’est sans doute le trio gagnant pour la fertilité des sols.
Je reviendrai dans un futur article sur le non-travail du sol.
Voyons ici comment associer BRF (Bois Raméal Fragmenté, ces copeaux de petites branches de feuillus) et engrais verts. À chaque jour suffit sa peine.

L’intérêt du BRF, vous le connaissez si vous l’avez déjà pratiqué : le BRF est imbattable pour la limitation des adventices (mauvaises herbes), la régulation de l’eau et surtout pour la fabrication d’humus.
Les engrais verts, de leur côté, détruits avant floraison, apportent de la matière organique fraîche rapidement minéralisée, et ne permettent donc pas une remontée rapide du taux d’humus (0,1% par an seulement, source Steve Groff). Mais ils effectuent un travail complémentaire du BRF : aérer le sol grâce aux racines, le fissurer et donner à manger à une faune et une flore du sol différentes de celle qui va se nourrir du BRF. Biodiversité et complémentarité.


Voici donc une proposition de scénario associant engrais verts et BRF.

Variante 1 : en fin d’été, semer à la volée un mélange d’engrais vert : radis fourrager ou moutarde, une légumineuse (fèverole ou vesce ou pois fourrager) et une graminée (seigle, triticale ou avoine). Recouvrir de 1 cm de BRF précomposté : la fine couche de BRF précomposté ne gêne pas la levée des graines.

Variante 2 : incorporer 1 à 2 cm de BRF frais ou précomposté suivant les cas (me demander conseil), puis semer votre mélange d'engrais verts.


 

À vos graines et bons essais !